Monthly Archives: mai 2014

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Dobar den !

 

Salut à tous !

Ouf, nous avons fini par la franchir, la frontière grecque, après trois mois de péripéties dans ce beau pays. Nous étions tous les deux assez émus au moment de dire un dernier “yassas” au douanier.

Nouveau pays donc : la Bulgarie.  Il a d’emblée fallu nous initier à l’alphabet cyrillique pour déchiffrer les panneaux. Certaines lettres, heureusement, ressemblent à leurs voisines grecques. Mais pas toutes. Il faut bien faire travailler notre cerveau pendant ces vacances prolongées…

Après une belle première descente  jusqu’à Gotse Delchev, nous avons décidé de commencer notre périple par la  chaîne de montagne des Rhodopes,  d’ouest en est.  Allez hop, on y va, en route pour 4000 mètres de dénivelé ! Nous avons attaqué par un col aller-retour à 1100 mètres d’altitude pour visiter le village de Kovachevitsa. Sur la route, dans le hameau de Lechten, une petite chienne s’est mise à remuer la queue en nous voyant arriver. Au lieu de nous aboyer dessus, elle a entrepris de nous suivre. Amusés au début, nous avons réalisé ensuite qu’elle nous adoptait, purement et simplement. Elle nous protégeait contre les autres chiens errants, nous attendait quand nous faisions des courses , aboyait sur les voitures qui nous dépassaient. C’était totalement déconcertant. Nous qui ne sommes pas fanatiques des chiens, après une journée passée en sa compagnie, nous étions tellement gagas que nous l’avons baptisée Sylvie Vartan, en hommage à la chanteuse d’origine bulgare. Elle a même eu droit à une petite ration de saucisses le soir au camping.

La pluie se mettant à tomber sur la fin de notre ascension, nous avons demandé à un couple de planter la tente sur son terrain, idéalement placé face aux gorges. Sans hésiter une seconde, Fatma et son mari nous ont montré un emplacement parfait. Ils nous ont ensuite invités à nous réfugier sous leur cabane de jardin. Nous avons joué à “Dessiner c’est gagné” pendant une bonne heure, ce qui nous a permis d’enrichir notre vocabulaire bulgare. Puis ils sont rentrés chez eux, dans leur village pomak, à deux kilomètres de là. Oui car nous sommes au cœur de la région des Pomaks, des Bulgares islamisés pendant l’empire ottoman. A la place des églises orthodoxes, ce sont donc des mosquées que nous découvrons dans les endroits habités.

Le lendemain, sous le soleil et toujours avec notre mascotte Sylvie, nous avons fini notre raidillon jusqu’à Kovatchevitsa. Nous y avons dégusté quelques grillades et un yaourth, bien sûr, avant de profiter de la longue descente vers la vallée. Sylvie n’a plus voulu nous suivre, elle est restée avec les siens. Les adieux n’ont pas été trop déchirants car elle avait trouvé une belle terrasse au soleil pour se délasser.

Les quinze kilomètres de descente sont passés vite. Nous n’avons pas tardé à pousser sur les pédales pour affronter un nouveau col. Comme en Albanie, nous partageons ici la route avec des charrettes tirées par des ânes ou des chevaux. Il y a énormément de monde au travail dans les champs, l’agriculture n’étant pas mécanisée. Il y a aussi beaucoup d’ouvriers qui taillent des pierres à la main sur le bord de la route. Nous ne sommes jamais vraiment seuls.

Nous étions donc en pleine montée dans la forêt quand soudain, nous avons cru entendre des bruits de percussions. Nous regardions partout autour de nous, rien. Nous avons continué jusqu’à un un virage où nous avons vu attablés une dizaine de gaillards. Ils nous ont fait signe de nous joindre à eux. Hop, deux bières, une assiette de riz et de viande. Ils nous expliquent qu’ils sont chasseurs et que l’un d’eux vient de tuer un cerf. C’est donc la fête et nous avons la chance inestimable d’y être invités. Deux tziganes jouent de la flûte et de la percu. Les chasseurs, eux, dansent, boivent et chantent. Pas de femmes dans les parages… Le plus ancien, maître des lieux, nous invite à le suivre vers une grande maison en chantier. A l’intérieur, il ouvre une petite chambre impeccable, digne d’un hôtel. Il coupe du bois pour nous chauffer l’eau de la douche… En deux jours, nous n’en finissons pas de nous extasier sur l’hospitalité bulgare. Le mot que nous maîtrisons le plus, c’est “blagodaria”, merci.

Dimanche, à 9h, nous décollons pour affronter la suite de la pente. Nous essuyons un bel orage en atteignant Dospat, un village à 1300 mètres de hauteur. Mais la route est magnifique et nous continuons l’effort jusqu’à 5h, au moment de trouver un emplacement de camping idéal, blotti dans une petite vallée verte coupée par un ruisseau. Nous y passons une longue nuit de dix heures, histoire de nous remettre de la chouille de la veille.

Hier lundi, nous avons voulu nous détourner de la route pour monter jusqu’à l’œil de l’aigle, un point de vue à 1590 mètres sur toutes les montagnes du coin. Nous savions qu’une montée à 15 % sur deux kilomètres nous attendait. Au moment de prendre cette route, nous croisons deux hommes assis sur un banc. Ils nous montrent leur 4×4 sur lequel est écrit “orloko ovo”, l’œil de l’aigle. Nous comprenons qu’ils y mènent les touristes. Corrompus par une certaine fatigue, nous leur demandons à tout hasard le prix. Six levs (3 euros) pour deux.  Malgré nos bons principes écolos, nous sommes soudain tentés par l’appel du moindre effort. Nous acceptons donc, après leur avoir fait répéter le tarif trois fois et même dessiner au sol. La montée est vraiment raide et nous hallucinons sur les chemins que prend le chauffeur. Nous sommes bien secoués au moment d’arriver au sommet, et tout penauds d’avoir contribué à bousiller la montagne. A l’arrivée, nous n’éprouvons aucune satisfaction, juste de la gêne. Nous faisons un tour au point de vue vertigineux, envahi par d’autres blaireaux qui, comme nous, ont posé leur derrière dans un véhicule tout-terrain. Puis nous redescendons jusqu’à notre vélo, en nous disant intérieurement que le prix de la course est décidément très faible… A l’arrivée, Catherine tend six levs au chauffeur. En Bulgarie, pour dire non, ils inclinent la tête de haut en bas… Notre ami fait donc ce geste et nous le comprenons, hélas. Il nous explique que ce n’est pas six levs, mais soixante au final… ! L’arnaqueur. Nous sommes coincés. Nous finissons par lui donner 30 levs, notre budget maximal pour une journée, englouti dans une virée en 4×4. Abrutis que nous sommes. Après avoir juré tout ce que nous pouvions de retour sur le biclou, nous en concluons que nous venons d’essuyer une bonne leçon. Nous sommes tellement honteux que nous avons même hésité à vous raconter cet épisode. Mais bon, si ça peut vous faire rire, alors tant pis pour notre honneur !

Après cette mésaventure, nous avons rejoint Devin, ville de l’eau minérale, où nous sommes allés nous détendre dans les eaux chaudes d’une piscine thermale en plein air. Nous avons campé non loin de là et ce matin, nous avons attaqué la dernière longue montée avant la station de ski Pamporovo. Après ce dernier col à 1500 mètres, une descente de 80 kilomètres nous attend jusqu’à Plovdiv. Youpi!

Nous allons dormir au milieu des ours ce soir, brrr… Si vous n’avez pas de nouvelles de nous dans une semaine, inquiétez-vous!

Des bises et à bientôt !

 

 

 

En peloton

Salut la compagnie !

Antoine joue au tavelli avec Russel, Jake récolte de l’ail sauvage sur la plage, nous n’allons pas tarder à monter le campement et cuisiner une copieuse  carbonara. Eh oui, pour la première fois du voyage, nous partageons notre routine avec deux autres cyclo-voyageurs. Des British ! Mais avant de faire les présentations, reprenons le fil de notre périple.

Nous avons fini par quitter le chaleureux camping de l’île d’Eubée pour poursuivre notre route vers le nord de la Grèce. Epuisés par notre dernière soirée caravane, nous avons planté la tente à Glyfa très tôt, histoire de nous offrir une longue nuit de récupération. C’était sans compter un concert exceptionnel de bouzouki sur le port, jusqu’à quatre heures du matin. Nous sommes repartis sur les routes du continent avec des valises sous les yeux…

Entre montagnes et plaines, nous avons tout de même filé jusqu’à Larissa où, par chance, nous avons croisé le chemin de Yannis. Hôte warmshower populaire, il attendait là deux cyclistes anglais pour les emmener faire le tour du mythique Mont Olympe. Voyant que nous n’étions pas du genre pressés, il nous a proposé de nous joindre à l’expédition. Sans hésiter une seconde, nous avons accepté. Départ lundi matin pour un col à 1300 mètres d’altitude. Nous étions prévenus, il allait falloir pousser fort sur les pédales pour nous approcher de la demeure des Dieux grecs. Encouragés par l’énergie du groupe, nous avons atteint le sommet après de longues heures de raidillons sous un soleil de plomb. Pour nous récompenser, Yannis est allé acheter d’énormes saucisses et des côtes de porc dans une taverne. Nous les avons grillées sur un beau feu de bois dans la forêt. Le deuxième jour, nous avons tous savouré la longue descente dans la vallée. Notre biclou a passé le cap des 11000 km à quelques encablures du campement. Sous des arbres multi-centenaires, nous avons encore veillé tard en tentant d’épuiser les sujets de conversation liés au voyage à vélo. Mission impossible.

Le lendemain matin, nous avons repris la route pour nous rendre chez Yannis à Elassona. Avant la douche tant attendue, nous avons fait un petit crochet par un bar à tzipouro, le pastis local. Ici, lorsque vous commandez du tzipouro, le patron vous offre à manger. Après trois tournées, nous étions bien repus !

Nous avons quitté Yannis jeudi matin pour reprendre notre chemin, direction la Bulgarie. Jake et Russel, eux, se dirigeaient vers la Turquie. Motivés par les jours précédents, nous avons décidé de pédaler et camper ensemble jusqu’à Kavala, où ils continueront vers l’est, et nous vers le nord. Depuis quatre jours maintenant, nous partageons notre quotidien et c’est drôlement stimulant. Agés de 22 et 23 ans, nos amis anglais nous impressionnent par leur maturité. Ils se sont embarqués dans un tour du monde en trois ans. De quoi nous faire rêver… Mais non, même si le cœur nous en dit, nous ne les suivrons pas ! Nous avons bien trop hâte de vous revoir en chair et en os.

Sur ce, on vous embrasse. A la semaine prochaine.

C’est reparti !

 

Yassas !

La carte autour du cou, un vélo flambant neuf, des mollets frais comme des gardons, nous voilà repartis sur les routes après deux mois de pause. Et même si nous avons bien profité de notre arrêt au stand, nous ne sommes pas fâchés de retrouver le bitume.

Nous avons naturellement versé notre petite larme, samedi, au moment de dire aurevoir à Poncho. Difficile de trouver les mots pour remercier notre “cabron” préféré de son incroyable hospitalité. Nous espérons de tout coeur lui rendre la pareille un jour en France.

Notre dernière semaine à Athènes est passée très vite, entre soirées festives et préparatifs du nouveau départ. Fidèles à la tradition, nous sommes allés défiler le 1er mai avec nos camarades grecs. Au regard de la dramatique situation sociale du pays, nous nous attendions à une forte mobilisation, mais ce n’était pas plus impressionnant que cela. Seule la démesurée présence policière témoignait d’une certaine tension. Les manifestants, eux, étaient plutôt détendus.

Côté touristique, nous avons pris le temps d’aller faire un tour au merveilleux musée des Cyclades. Sur l’antiquité, c’est assurément le plus passionnant de la ville.

Enfin samedi, nous sommes allés récupérer notre bon vieux biclou chez Stathis, notre vélociste sur place. Méticuleux, il nous a rendu un vélo brillant de mille feux. Maintenant, nous croisons les doigts pour que tout cela tienne le coup.

Nous étions assez émus, dimanche, au moment de remonter en selle. Direction…la France ! Eh oui, il est temps d’amorcer le retour. Il nous reste une sacrée distance à parcourir: un peu plus de 3000 kilomètres.

La sortie de la métropole s’est faite très facilement. Nous avons suivi la célèbre route de Marathon, puis nous avons bifurqué pour prendre un ferry et rejoindre ainsi l’île d’Eubée. Très longue, elle nous permet de monter vers le nord en évitant l’autoroute du continent.

Nous avons remarqué un changement notable dans l’attitude des automobilistes depuis que nous avons accroché un petit drapeau français sur les sacoches. On se fait saluer, klaxonner, arrêter pour discuter ou boire un coup. Comme quoi, c’était vraiment notre dégaine d’Allemands qui nous faisait du tort en Grèce. Angela Merkel et ses compatriotes n’ont pas, mais alors pas du tout la cote ici.

Bref, rien qu’hier, nous sommes tombés dans deux embuscades. La première, en haut d’un col, en plein cagnard. Un type a surgi d’une taverne pour nous empresser de l’y rejoindre. En trois secondes, il y avait deux verres de bière sur la table, des saucisses, du pain et des tomates. Nous avons entamé un ahurissant dialogue en grec avec les piliers du comptoir. La patronne a glissé deux croissants fourrés dans notre besace. Cette halte était fort sympathique, mais la fin de journée dans les montagnes un peu rude ! Au moment de rejoindre la mer, nous nous sommes arrêtés à côté d’un camping. Un grand monsieur prénommé Ilias nous a proposé de dormir gratuitement à côté et de venir prendre une douche si nous le souhaitions. On ne pouvait rêver mieux ! Après nous être rafraîchis, voilà qu’arrive notre deuxième embuscade. Ilias et son ancienne épouse, Voula, nous invitent à manger avec eux. Autour de la table où le κρασί coule à flot, se joignent à nous Stathos et Stelios, deux autres caravaniers. La radio joue de la musique grecque et soudain, l’animateur reprend la parole. Nous entendons “Catherine et Antoine” au milieu des prénoms de nos hôtes ! Nous pensons à une hallucination, mais Voula nous explique qu’elle a appelé la chaîne pour une dédicace. Maintenant, il faut danser sur la chanson qu’elle a commandée. Allez hop, en piste! Stelios finit par sortir la guitare et nous chantons jusqu’à une heure du matin. Il nous interprète un magnifique morceau de Moustaki en grec.

Toutes ces rencontres imprévues font la beauté de notre voyage et nous donnent l’énergie de continuer à pédaler. Bon, certes, aujourd’hui, Voula n’a pas voulu nous laisser repartir sans que nous ayons goûté à son pastitsio. Ce n’était pas au programme, mais nous ne sommes plus à un jour près !

D’ailleurs, elle nous appelle pour passer à table. Il est temps de vous laisser. Bonne fin de semaine et à bientôt!