Monthly Archives: février 2014

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Décalage horaire…

 

Yassas !

Le voyage, ça décale un peu. On vit au rythme du soleil, de la faim, de l’énergie en réserve. Il nous arrive souvent de ne pas savoir quel jour on est. Mais en Grèce, on a fait fort. Nous avons pédalé deux semaines dans ce pays sans avoir les pendules à l’heure locale… Il aura fallu nombre d’horloges “déréglées”, selon nous, pour nous mettre la puce à l’oreille. Heureusement que nous n’avions pas de rendez-vous importants !

Il fait un temps magnifique ici depuis une semaine. Nous roulons en t-shirt et pouvons nous tremper les pieds dans la mer. C’est chouette. Nous avançons très doucement dans le sud ouest du Péloponnèse. Nous avons visité Olympie et ses ruines antiques remplies de fleurs printannières. Nous avons fait une petite sieste au-dessus du stade, regrettant de ne pas y voir courir des bonhommes tout nus, comme au bon vieux temps.

Nous avons ensuite mis le cap sur la côte où nous avons croisé un cyclo québécois, Julien, avec qui nous avons discuté trois heures en bord de mer. Il revenait de Turquie et se dirigeait vers l’Irlande. Nous avons pu lui refourguer notre énorme guide d’Italie qui encombrait nos sacoches depuis un moment. En échange, il nous a filé un plan camping sauvage idyllique à quelques coups de pédales de Pylos.

Mais sur la route, nous avons été pris en embuscade à Marathopoli. Au milieu de la rue, des gens dansaient et cassaient des assiettes. Quand nous avons traversé la foule, ils se sont tous mis à crier fort en nous faisant signe de venir boire un coup. Or, nous avons une règle: quand c’est la fête, on s’arrête.

A peine installés à la table de George, des assiettes remplies de victuailles sont venues à nous. Sans parler des bouteilles de bière. C’était l’orgie. Nous avons dansé le sirtaki avec tout le village. Epique !

Nos amis nous ont ensuite obtenu un prix défiant toute concurrence dans un hôtel du bled. Nous avons donc pu nous remettre de cette folle fin de journée dans un confort total.

Le lendemain, nous avons roulé en direction du spot de Julien. Quand nous sommes arrivés dans le lagon à l’heure du pique-nique, nous avons décidé de ne pas repartir. C’était trop beau. Il y avait un château à aller découvrir à pied, des flamands roses, des chèvres, une plage secrète. Nous avons passé l’après-midi à jouer les explorateurs.

Nous traînons aussi pour des raisons pratiques. Notre vélo présente quelques défaillances et il nous faudra trouver un magasin de réparations à Kalamata, la prochaine ville que nous croiserons. Mais demain, c’est dimanche, alors en attendant, on se la coule douce. Nous allons visiter le château fort de Methoni, le village d’où nous vous écrivons. Puis nous remonterons la côte pour arriver lundi matin au magasin.

Il est 5h, les Grecs sortent de la sacro-sainte sieste. Nous allons tenter de trouver une taverne avec une bonne moussaka.

On vous embrasse tous bien fort. A bientôt pour d’autres nouvelles !

 

 

Yassas !

 

Eh oui, l’Albanie, c’est déjà fini. Nous allons vous parler en grec maintenant. Non, rassurez-vous, c’est bien trop compliqué. Nous sommes plongés depuis une semaine dans le mythique alphabet, mais face aux panneaux, force est de constater que nous sommes encore souvent analphabètes. C’est assez amusant comme sensation. Nous déchiffrons tout ce qui nous passe sous le nez. Un souvenir du CP !

Nous avons quitté l’Albanie sur une note historique avec la visite du merveilleux site archéologique de Butrint. Nous nous y sommes promenés seuls dans les allées fleuries de pâquerettes. C’était magique. Quelques jolies tortues nous ont toutefois tenu compagnie dans le théâtre antique. Nous avons ensuite pris un bac de bric et de broc pour atteindre la rive qui nous rapprochait de la frontière hellène. Pressés d’en découdre avec les chiens errants, nous avons pédalé fort pour atteindre la douane. Hélas, de l’autre côté, au moment de planter la tente, les aboiements ont repris. Maudits chiens sans frontières !

La côte de l’Epire est magnifique. Nous y avons fait quelques campings sauvages sympathiques au bord de l’eau turquoise. On se serait cru en Grèce ! Mais les beaux coups d’œil se sont payés au prix de bons coups de pédales dans les montées.

Nous sommes ainsi « descendus » jusqu’à Preveza où nous n’étions pas trop sûrs de pouvoir traverser la mer qui rentre ici dans les terres. Un tunnel autoroute y a été construit mais bien entendu, il est interdit aux vélos. Nous avons joué les innocents et nous sommes pointés à l’entrée du fameux souterrain. Mais là, le feu est passé au rouge et une voix a crié dans un micro : « The tunnel is not allowed to the bikes, stop here ». Hmm, c’était embarrassant. Une file de voitures commençait à se dessiner derrière nous quand soudain, le feu est passé au vert. Nous nous sommes engouffrés dans le tunnel sans attendre. A l’intérieur, un pick-up nous a rattrapés avec les warnings. Zut. Dans notre tête, nous calculions déjà un demi-tour de cent kilomètres…sans parler de l’amende. Cool Raoul, le chauffeur nous a tout simplement escortés jusqu’à la sortie. Sympa ! Et contrairement aux voitures, nous n’avons rien payé au péage. Vive le vélo !

Après toutes ces émotions, nous avons dormi à Vonitsa au pied d’un beau château fortifié. Le lendemain, sous une pluie battante, nous avons rejoint Astakos où nous avons dormi sur le port. Peu avant, à Mytikas, nous avons réalisé qu’un truc coinçait avec les Grecs. Ils nous prennent pour des Allemands. Forcément, entre le vélo, les sacoches Ortlieb.de, les sandales d’Antoine et la doudoune orange de Catherine, nous n’avons pas un look très franchouillard. Et cela nous nuit dans un pays en pleine crise, où Angela Merkel et ses compatriotes n’ont pas franchement la cote. A Myticas donc, un passant nous a demandé notre nationalité. « Ah, you are French, so you are my friends ». Depuis, nous nous sentons obligés de le préciser. Nous avons même pensé à mettre un drapeau sur le biclou, c’est vous dire…

A propos de crise, ce que nous voyons ici n’est pour l’instant qu’un aperçu. Mais il est aisé de constater que les prix n’ont aucun bon sens. Les taxes sont hyper élevées. Le café est à 2 euros minimum quand le taux de chômage, lui, est de 24%. Face au coût incroyablement élevé de la vie, nous faisons nous aussi une petite cure d’austérité. Moins de viande, plus de légumes. C’est pas plus mal pour la santé nous direz-vous. Nous assistons à des discussions enflammées dans les cafés sur la crise, mais il nous faudra un peu de temps et l’aide de futurs traducteurs pour mieux comprendre. Nous nous planifions justement un hôte warmshower pour bientôt. En attendant, nous observons avec attention les nombreux tags sur le bord de la route. Et nous avons visionné sous la tente un excellent documentaire de Yannis Youlountas intitulé « Ne vivons plus comme des esclaves ».

Depuis hier, nous sommes dans le Péloponnèse. La route nationale depuis Patras n’est pas trépidante, mais c’est plat. Nous y croisons essentiellement des ouvriers agricoles qui reviennent des champs de fraises sous serre et nous nous saluons à coups de « yassas ». Demain, nous pédalerons jusqu’à Olympie pour visiter notre premier site antique du pays et ensuite, cap au sud.

Kalispera !

Gëzuar !

 

Mirëdita !

Gëzuar, en albanais, veut dire heureux. Cela se dit au moment de trinquer, au café comme au raki. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que nous le sommes, heureux, après une semaine très riche en émotions.

Nous vous avions laissés à Ostuni en Italie. Cinq minutes après avoir posté notre dernier article, nous avons croisé Teresa et Davide, qui nous ont invités à manger avec eux dans une poissonnerie. Teresa a réussi à nous obtenir un prix d’enfer pour une assiette de pâtes aux fruits de mer bien frais. C’était un régal. Voyant que la pluie ne cessait de tomber, elle nous a ensuite fait la proposition de venir dormir dans son trullo, l’habitat au toit pointu des bergers des Pouilles. Ni une ni deux, nous avons accepté l’invitation. Et nous avons passé une nuit magique dans sa petite maison du 18 ème siècle. Le lendemain, nous avons pris le petit déjeuner avec nos hôtes et sommes partis en direction d’Alberobello, la ville des trulli. C’était beau à voir, mais nous étions plus épatés encore d’avoir pu dormir dedans !

Nous avons ensuite mis le cap sur la côte, direction Polignano a mare. Nous y avons fait notre dernier camping sauvage d’Italie, au milieu des barques et des petites maisons blanches. On se serait déjà cru en Grèce. Il ne nous restait plus que quelques kilomètres avant d’atteindre Bari et de prendre le bateau pour l’Albanie. Nous avons passé la nuit sur le ferry, tant bien que mal, par terre entre les sièges.

Après neuf heures de traversée, c’est à Durrès que nous avons accosté. Le dépaysement a été total.  Nous avons pédalé sur l’autoroute une quarantaine de kilomètres avant de pouvoir mettre nos roues dans la campagne. A la recherche d’un emplacement de camping, nous nous sommes arrêtés dans une boucherie. Les gars du coin étaient bien désappointés. Ils ne comprenaient pas qu’on veuille dormir sous la tente. Mais là, Mynyr est arrivé en parlant italien, et nous étions sauvés. Il nous a d’emblée proposé de dormir chez lui. Dallandyshe, sa femme, a tué une poule pour nous ! Nous avons mangé comme des rois  en parlant de la vie, des Albanais qui savent vivre en harmonie malgré les multiples religions du pays, de sa dure vie d’exilé économique en Italie, de leurs filles qui font des études, etc, etc. C’était très émouvant pour nous de pouvoir partager ce moment avec eux.

Les sacoches remplies de raki, d’oranges et de mandarines, nous avons poursuivi notre route à travers la campagne. Pour une fois, nous n’étions pas les seuls à ralentir les voitures. Sur la route, nous avons croisé de nombreuses charrettes tirées avec des ânes, des troupeaux de moutons, de chèvres, de vaches… Nous avons repris l’autoroute jusqu’à Fier, une grande ville où nous sommes arrivés presque de nuit. L’option camping n’était plus envisageable. Nous avons trouvé un hôtel à 20 euros (“pas cher”, comme dirait le frangin Guillaume) avec miroirs au plafond, s’il-vous-plaît. Nous y avons fait beaucoup de “gezüar” à la santé de Mynyr et de Dallendyshe…

Le lendemain, sous une pluie torrentielle, nous avons pris le biclou pour Vlöre. La route n’était pas palpitante et nous étions trempés jusqu’aux os. L’option hôtel pas cher a encore été de mise…Nous avons dormi juste à côté de la place du drapeau, celle où a été levé pour la première fois le drapeau albanais. Lassés de l’autoroute, nous avons décidé de couper à travers les montagnes. Direction Kotë, puis Kuç. Bon sang que ça grimpait ! Mais les paysages étaient magnifiques et le soleil était de la partie. La route était un peu défoncée, mais nous passions encore entre les trous. Nous avons discuté avec plusieurs bergers croisés sur la route, l’activité agricole étant ici essentiellement pastorale. Nous avons pu poser notre campement au milieu des montagnes…et de trois chiens, qui nous ont attaqués à la nuit tombée. Une grosse frayeur pour pas de mal. Presque rien à côté de l’attaque du lendemain matin, celle d’un pitbull. Voyant le machin courir vers nous, Antoine, malgré son bâton, en est même venu à dire “On n’a aucune chance”. Fonçant sur la route destroy coupée par un torrent d’eau, nous avons pédalé comme des dératés pour lui échapper. Ouf, encore une grosse peur pour pas de mal. Mais ces attaques à répétition nous ont mis les nerfs à vif. Chaque ferme isolée a fini par nous remplir de panique. Catherine en est même venue à collectionner les cailloux dans ses poches pour les jeter aux chiens.

Nous avons fini par atteindre Kuç et sa taverne aux poissons. Nous y avons fait une belle pause gastronomique avant de reprendre la route pentue et passablement délabrée. C’est un euphémisme. Il a fallu pousser le vélo sur plusieurs kilomètres avant d’atteindre le col. Et là, un panneau, direction Borsh, à gauche. Nous suivons les indications. Incapables de remonter sur le vélo sur la route pierreuse, nous descendons à pied. Quelques kilomètres plus loin, nous nous trouvons face à un éboulement total de la “route”. Demi-tour au beau milieu de la montagne. Nouvelle attaque de chiens errants (ou était-ce des loups?). En montée cette fois. Antoine gère. Nous commençons à nous démoraliser, sans savoir où nous allons. Voyant un camion sur l’autre versant de la montagne, nous reprenons espoir et retournons jusqu’à un embranchement. Nous décidons de suivre les traces de 4×4 dans la boue. Il commence à se faire tard et il pleut des cordes. Nous espérons trouver un village avant la nuit. Et là, après quelques kilomètres d’incertitude complète, nous apercevons un troupeau de moutons. Malgré la route peu engageante, nous remontons sur le biclou pour le rattraper. Nous faisons la rencontre inespérée de Padeli, le berger, qui nous emmène à Correj, son village, où nous dormirons chez lui et sa femme Kani. Merci la bonne étoile. Cette journée a sans aucun doute été la plus dure du voyage, mais aussi l’une des plus fortes. Nous avons passé la nuit chez un berger albanais qui ne pourra même pas recevoir notre carte postale de remerciements parce que la poste ne vient pas jusqu’à chez lui.

Ce matin, nous avons de nouveau poussé le tandem sur les chemins de montagne pour atteindre Borsh et la mer, d’où nous avons suivi une côte escarpée jusqu’à Saranda. Nous y avons trouvé un hôtel pas cher dans lequel nous nous remettons de nos émotions, réparons les rayons cassés du vélo, buvons quelques gëzuar en espérant avoir de vos nouvelles à vous bientôt.

Bises et à la semaine prochaine !

 

 

 

Puglia, ti amo !

 

Ciao ragazzi !

Nous profitons d’un temps pluvieux pour nous mettre au chaud avec un bon cappuccino et des cornetti caldi. Nous vous écrivons d’Ostuni, une « citta bianca » du cœur des Pouilles. C’est très joli, comme le reste de cette région dont nous sommes littéralement tombés amoureux. Accueil incroyable, côte sauvage préservée du tourisme de masse, mer turquoise, oliveraies, murets de pierres, dolmens, villes d’art et d’histoire… C’est un peu le bouquet final de notre périple d’un mois et demi en Italie.

Nous avons commencé par longer la côte ouest de Tarante à la magnifique ville fortifiée de Gallipoli. La première journée, nous aurions pu compter sur les doigts le nombre de personnes croisées sur cette route à travers les dunes. Mais soudain, alors que nous commencions à chercher un campement, nous avons aperçu un attroupement sur une grande place. Un mirage ? Non, il y avait bel et bien du monde pour attendre le grand feu de la San-Antonio. Nous avons décidé de nous arrêter là pour prendre part à cette fête religieuse populaire. Grand bien nous en a pris. C’était une superbe soirée pleine de chaleur, au sens propre comme au sens figuré.

Le lendemain, nous avons repris la route côtière à nouveau déserte, mis à part quelques chiens errants. La chance nous a guidés chez Giuseppe et ses trois petits cabots. Nous voulions planter notre tente sous ses oliviers, il nous a invités à nous installer sur sa terrasse. Puis il nous a demandé si nous aimions le vin. Quelle question ! Nous avons passé la soirée à papoter avec ce sympathique retraité, en italien s’il vous plait. Nous avons encore fait quelques progrès grâce à lui.

Mardi, nous avons atteint la pointe sud du pays, à la croisée des mers Ionienne et Adriatique. Tandis que nous pique-niquions sous le phare, un homme est venu à notre rencontre. Il nous a dit de ne pas bouger, qu’il allait revenir. Et effectivement, il est revenu quinze minutes plus tard avec du poisson cuisiné aux légumes. Un délice !

Depuis Santa Maria di Leuca, nous remontons la côte est de l’Italie. A Tricase, nous avons fait escale au port. Antoine y a rencontré Valentina et Daniele, un couple de trentenaires qui nous a invités à dormir à la ferme. Nous avons donc visité Otranto et son duomo avant de mettre le cap sur les terres pour rejoindre nos nouveaux amis à Poggiardo. Ils nous ont fait parcourir de nuit la « Florence du sud », Lecce, où nous avons partagé un excellent repas. Encore une rencontre marquante.

Après leur avoir fait essayer notre bécane, nous avons repris la route des Pouilles, loin de la côte pour une fois. Il pleuvait des cordes quand nous avons décidé de nous arrêter faire quelques courses dans un supermercato. A peine entrés à l’intérieur, nous avons vu deux policiers nous suivre… Nous n’avions pourtant rien à nous reprocher. Ils étaient simplement entrés pour nous saluer et nous demander ce qu’on trafiquait avec notre biclou. A la fin de la conversation, ils nous ont tendu la main pour faire un « give me five ». Du grand délire. Mais ce n’était pas fini. Tandis que nous réglions nos courses, le caissier, Donato, nous a proposé de boire le café avec sa mama et son papa, dans le rayon des fromages. Il nous a ensuite guidés en voiture jusqu’à notre direction. Quand on vous dit que l’Italie du sud, c’est un peu la chanson pour l’Auvergnat.

Il ne nous reste plus beaucoup de kilomètres avant de rejoindre Bari pour prendre le bateau vers l’Albanie. L’aventure a été sacrément chouette en Italie, mais elle ne faisait que commencer…

Bon week-end à tous !