Les Bicloucipedistes Sur les routes d’Europe

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En pays Magyar

Yo napot !

Eh oui, « buna ziua », c’est fini. La Roumanie est à quelques centaines de kilomètres d’ici. C’est de Budapest, la capitale hongroise, que nous vous écrivons. Nous traînons un peu pour cet article, car la semaine a été chargée en rebondissements. Nous avons bien cru que le voyage allait finir prématurément… Mais faisons durer le suspense, et reprenons les choses dans l’ordre.

Retournons d’abord chez nos amis Roumains qui, jusqu’au bout, nous ont beaucoup gâtés.

La plaine avant Beius est très jolie, parsemée de petites églises en bois et de villages animés. C’est le temps des foins, à la fourche et sur des charrettes tirées par les chevaux. Nous rencontrons Annabelle et Alin, francophones, qui nous invitent à planter la tente dans leur jardin. Une fois installés, nous sommes invités pour un apéro qui durera jusqu’à minuit. Nous dégustons la fameuse tuica, une eau-de-vie de prune qui tourne autour des 60 °… Nous repartons le lendemain avec une bouteille dans les sacoches. Mais attention, à consommer avec modération !

Une grosse étape nous attend, car nous avons rendez-vous à la pension d’Oradea le soir pour récupérer nos pneus neufs. Nous pédalons plus de six heures pour parcourir 92 km, et finissons par une angoissante route à camions. Notre journée physique est récompensée par une jolie ville art nouveau, et par le confort d’un petit hôtel pour reprendre des forces dans un lit douillet.

Cette fois, nous devons nous résoudre à dire au revoir à la Roumanie. Sur le biclou avant de passer la frontière, nous repensons à tous les gens qui nous ont accueillis, salués, guidés, en seulement deux petites semaines. Nous sommes profondément touchés par la gentillesse et la simplicité que nous avons trouvées ici.

Nous arrivons donc en Hongrie, ou plutôt en « Magyarorzag ». La langue est complexe et nous fait prendre des fous rires au début. Bonjour se dit « yo napot ». On a l’impression de dire « yo ma pote » et forcément, quand on s’adresse à une mamie, ça fait bizarre.

Dés les premiers kilomètres, nous trouvons une piste cyclable impeccable. Beaucoup de gens roulent à vélo, c’est impressionnant. Nous prenons une petite route de plaine. Les conducteurs sont très précautionneux et ne klaxonnent jamais.

Dans notre tête, c’est clair, il est temps de faire défiler les bornes pour rentrer. Mais un ennemi de taille nous attend : le vent de face. Zut alors, il faut pousser pour avancer ! Notre vitesse moyenne est faible et les paysages terriblement monotones. Les villages que nous traversons sont tristounets et les rares personnes que nous croisons ne répondent pas à nos « yo napot ». Notre moral en prend un coup. Après trois jours de routes plates au milieu des champs d’agriculture intensive, nous finissons par mettre le cap au nord, direction les montagnes et le vignoble de Nosvaj. Nous sommes bien heureux de reprendre un peu de hauteur. Nous faisons une halte dans une cave où nous dégustons un délicieux vin blanc. Rien de tel pour prendre goût à un pays !

Le lendemain, hélas,  nous affrontons toujours le vent de face et les vents des Hongrois. Sachant que nous sommes attendus à Bratislava pour la vélorution, nous décidons d’enchaîner les grosses journées pour en finir avec ce pays d’apparence si peu hospitalière. Nous disons bien « d’apparence »…

Le biclou, lui, en décidera autrement. A cinq heures du soir, à la sortie du village de Markaz, Antoine trouve que la direction du vélo ramollit. Nous nous arrêtons et là, « crac », Catherine descend d’une dizaine de centimètres. Cette fois, c’est le cadre qui nous joue un mauvais tour. Il est coupé en deux sous le siège avant. Déboussolés, nous tournons autour du biclou en essayant de ravaler nos larmes. Le vélo n’est pas transportable à pied. Il est probablement irréparable. « Fin du voyage », constatons-nous tristement. Mais pas le temps de nous apitoyer, la question est : comment rentrer maintenant ?

Nous sommes à quinze kilomètres de Gyöngyös, la ville la plus proche. Il ne nous reste plus qu’à faire du stop. Comme nous nous y attendions, les voitures passent sans s’arrêter. Au bout d’une heure, Antoine dessine un panneau « need help ». Un monsieur aux allures de hippie passe par là à pied. Nous l’interpelons. Il connaît un vélociste à Gyöngyös et nous envoie au café du village pour trouver son adresse sur internet. Nous en profitons pour appeler Didier, le père d’Antoine, qui est prêt à venir nous chercher avec le trafic en Hongrie. Voilà au moins de quoi nous rassurer, au cas où les choses tournent mal.

Mais bon, nous continuons à chercher une solution pour rentrer par nos propres moyens. Nous retournons au vélo et nous demandons où nous allons pouvoir planter la tente, car il se fait tard. Difficile d’imaginer nous installer au milieu de ce quartier résidentiel. Nous serions éjectés rapidement. Nous prenons la rue du monsieur qui nous avait paru sympathique. Et là, coup d’bol, nous tombons sur lui. Bela nous propose aussitôt de venir dormir chez lui et sa femme Eva. « Take it easy, there is no problem », nous rassure-t-il mille fois, en voyant nos mines déconfites. Il nous offre un verre de vin. Pendant ce temps, Eva passe des coups de fil à tous ses amis afin de trouver une bonne âme pour nous emmener à Gyöngyös. Banco ! Leur ami policier, Louis, passe nous prendre le lendemain. Il vient à la maison avec sa femme et nous sortons notre bouteille de tuica roumaine. Nous passons une superbe soirée avec Eva et Bela qui nous réconcilient définitivement avec la Hongrie. Nous déchiffrons l’ancien alphabet hongrois, parlons des frontières d’autrefois dont nos hôtes sont nostalgiques, discutons de tout et de rien jusqu’à minuit. Le lendemain, à 7h30, Louis arrive avec sa remorque. Nous mettons le biclou dedans. Eva nous offre un beau sac en laine, une bouteille de vin, une poupée aux couleurs du drapeau hongrois. Louis nous tend une carte postale de Markaz et une bouteille de gnôle ! Non seulement ils nous dépannent, mais en plus ils nous gâtent…Nous croyons rêver.

Direction le vélociste, qui n’a pas l’air de pouvoir réparer le tandem. Bela nous traduit ses propos et nous partons avec nos trois compères chez un soudeur d’acier. Ouf ! On voit de la lumière au bout du tunnel. Le soudeur a l’air de trouver la réparation faisable. Nous sommes au comble de l’excitation. Nous allons pouvoir repartir ! Mais là, crac, c’est la barre de  direction qui cède. Une pièce spéciale en aluminium. On soude quand même le cadre et on se remet en route pour aller chez un autre soudeur. En peu de temps, la réparation est faite. Nous retournons au magasin, le vélociste remonte gratuitement l’ensemble, et nous rechargeons les sacoches, le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux en disant au revoir à nos trois sauveurs. Nous faisons « ding-donguer » nos sonnettes en démarrant et là, paf, nous partons dans le décor. La barre de direction n’a pas tenu. La situation est comique, mais nous n’avons pas le cœur à rire. Cette fois, nous sommes un peu au bout du rouleau. Louis, notre ami policier, ne se décourage pas. Il trouve des tuyaux en acier dans la cour du vélociste. Nous repartons chez le premier soudeur avec nos bouts de métal. En vingt minutes, il nous recrée la pièce ! La compagnie allemande du vélo, Hase, avait mis un mois à nous la fournir quand nous l’avions  cassée en France…

Nous invitons Louis et Bela à manger dans un petit « bufë », et nous reprenons notre biclou, tout émus, un peu inquiets, mais drôlement heureux de pouvoir pédaler à nouveau. Nous sommes très impressionnés par l’efficacité de nos amis Hongrois et par leur dévouement.

Nous roulons sous la pluie, direction Budapest, en ayant un peu de mal à y croire. Hier, nous étions persuadés que c’était la fin du voyage, et nous voici de nouveau sur la route. Cette mésaventure nous aura en outre permis de découvrir des Hongrois incroyablement généreux. Comme quoi, il ne faut jamais se fier à ses impressions superficielles de voyageur.

En arrivant près de la capitale, nous contactons Vincent Liégey, un objecteur de croissance français qui vit en Hongrie. Membre du parti pour la décroissance, il est aussi l’auteur du livre Un projet de décroissance, manifeste pour une dotation inconditionnelle d’autonomie, aux éditions Utopia. Il nous donne rendez-vous à l’Institut français. Nous buvons un coup et il nous propose ensuite de venir loger chez lui, dans sa coloc en centre ville. Nous sommes ravis ! Érudit, amoureux de la Hongrie, Vincent nous apprend énormément sur l’histoire politique du pays. Nous buvons des bières avec lui et son amie Orsolya, au centre ville, côté Pest, où c’est la fête, et le lendemain nous visiterons Buda, la conservatrice, de l’autre côté du Danube. Nous faisons un crochet par l’écran géant qui diffuse l’ennuyeux match France-Equateur. Nous nous échappons pour aller voir le Parlement de nuit, un magnifique édifice néogothique.

Notre séjour à Budapest est court mais très agréable. Nous reprenons la route demain en envisageant de suivre scrupuleusement l’eurovélo 6. Nous ne voulons plus risquer de descentes, car si la soudure lâche, nous pouvons nous prendre une sacrée gamelle.

Sur ce, on vous embrasse et on vous dit à la semaine prochaine !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Multsumesc !

 

Buna ziua !

Antoine fait des tours de biclou avec les enfants du village de Nucet, où nous faisons une pause pour vous envoyer les dernières nouvelles de Roumanie.

Après une première semaine à pédaler dans les plaines du sud, c’est dans les hauteurs des muntii que nous avons traîné nos roues. Il a d’abord fallu quitter la grise ville de Ramnicu Valcea en empruntant un incontournable axe à camions : 35 km de route sinueuse à se faire doubler par les gros transporteurs. Un pur bonheur.

Nous sommes soulagés d’être vivants au moment de tourner à gauche en direction de la Transalpina. Certes, le dénivelé va être plus costaud, mais plutôt grimper que finir écrabouillés !

Dés les premiers kilomètres, nous respirons le bon air d’une vallée verte et tranquille. Nous retrouvons aussi l’ambiance sympathique des petits villages roumains. Nous décidons de planter la tente en bord de rivière, après avoir passé un premier lac de barrage. Comme nous sommes à l’entrée d’un village, nous demandons l’autorisation à un berger qui passe par là avec ses chèvres. Pas de problème, faites juste attention aux vipères… Nous nous installons tranquillement et notre ami revient plus tard avec un kilo de fromage frais dans sa besace. Nous échangeons quelques mots, lui disons mille fois « multsumesc » (merci) et partageons un verre de vin. Avant de nous quitter, il nous joue un petit air de flûte. C’est magique !

Nous attaquons le plus gros col de notre voyage au réveil. Cette fois, il faut faire de grosses provisions car nous ne croiserons pas de village avant une centaine de kilomètres. La route est raide, mais parsemée de sources d’eau fraîche. Nous sentons que nous arrivons en territoire sauvage. Les ours et les loups ne sont pas loin… Antoine n’a pas peur, mais Catherine, elle, ne fait pas la maline. Après trois heures d’ascension, nous atteignons notre point culminant à 1700 mètres d’altitude, avec en cadeau une vue imprenable sur les Carpates méridionales. Nous nous laissons descendre jusqu’au lac Vidra où un spot de camping merveilleux nous attend. Nous faisons du feu pour éloigner les bêtes et, au moment où la nuit tombe, Catherine va mettre les sacoches de bouffe à cinquante mètres de la tente, essuyant ainsi les moqueries d’Antoine…  Ben quoi, on n’est jamais trop prudents !

En début de soirée, une grosse voiture se pointe. En en voyant sortir une bande de sept potes lycéens, nous nous disons que la nuit risque d’être agitée. Après avoir tourné en rond autour de nous, ils finissent par nous demander gentiment de l’aide pour monter leur tente qui doit dater des années 60. Notre honneur de campeurs est en jeu. Ouf, nous parvenons à la mettre d’aplomb et partons nous coucher. En passant devant le coffre de la voiture, nous découvrons des litres et des litres d’eau. Ces jeunes Roumains semblent plus sages que nous à la grande époque de l’île d’Oléron 😉

La nuit se passe bien, nous ne sommes pas passés sous les griffes d’un ours. Nous pouvons reprendre la route sereinement. Il nous reste un col à affronter avant de rejoindre Sebes. Après une rude grimpette, nous profitons de l’une de nos plus belles descentes de l’année. 60 km de pente douce à travers les sapins et les lacs de barrage. Pour fêter ça, nous chantons  tout notre répertoire Nostalgie : Joe Dassin, Francis Cabrel, Michel Sardou, Pierre Bachelet, tout y passe ! Bizarre bizarre, la pluie ne tarde pas à tomber…

Après avoir dormi au bord d’un dernier lac, nous retrouvons la plaine et attaquons cette fois les Monts Apuseni. Le guide du routard nous promet monts et merveilles dans cette région apparemment très à l’écart de la société de consommation. Avant de rejoindre la vallée de l’Aries, nous passons une nuit chez Niku, qui nous autorise à camper dans son jardin. Ancien mineur à Zlatna, il nous invite à déguster une traditionnelle ciorba dans sa cuisine. On a notre carbo dans les sacoches, mais ça ne se refuse pas !

Le lendemain matin, nous passons un joli petit col et au moment de pique-niquer dans la vallée, une surprise nous attend. Un renard court dans notre direction avec une grosse poule vivante entre les crocs. Il ne nous a pas vus. Nous, on en profite, on le filme et on admire son agilité à traîner sa proie.

En arrivant à Albac, au coeur du pays des Motsi, c’est plutôt un endroit touristique que nous découvrons. Des pensions partout, des motards à gogo, des voitures immatriculées à l’étranger. Nous décidons de partir en randonnée une journée pour nous éloigner un peu de la route. Et c’est vrai qu’une fois parvenus dans les hameaux de montagne, nous faisons un beau voyage dans le temps. Nous rencontrons un lycéen qui fait huit kilomètres à pied par jour pour aller à l’école, ça laisse songeur…

Nous reprenons notre biclou pour gravir ce qui sera sans doute le dernier col de notre voyage. Nous traversons Vartop, une étrange station de ski, et redescendons en direction d’Oradea. Nous dénichons un magnifique terrain de camping dans la montagne. Les crottes de moutons nous montrent qu’il doit être habité. Et vers sept heures, effectivement, des cloches retentissent. Un beau troupeau arrive avec ses chiens et son  berger, Marios, âgé de 24 ans. Un peu gênés, nous lui demandons si la tente ne dérange pas trop. Pas de problème, nous dit-il spontanément. Puis il reste  avec nous  jusqu’à dix heures du soir. Nous nous débrouillons avec le peu de Roumain que nous connaissons. A huit heures du matin, les cloches nous réveillent. Marios est là, avec du fromage, des saucisses, des légumes panés et du café. Décidément, les bergers sont nos meilleurs amis. Après avoir déjeuné, nous quittons notre copain, profondément touchés par sa gentillesse.

Notre périple en Roumanie touche à sa fin, mais nous sommes sûrs de revenir un jour dans ce beau pays que nous avons visité trop vite.

Demain, nous avons rendez-vous à Oradea dans une pension où des pneus et des plaquettes de freins neufs ont été livrés pour nous. Nous serons ainsi parés pour pédaler 2000 km et être de retour en France mi-août, pour la grande chouille ardéchoise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Drum bun !

 

Buna ziua !

Que de caps, cette semaine ! Passage des 12000 km dans la plaine agricole bulgare, passage de la frontière roumaine à Roussé et, last but not least, passage des 31 ans de Toinou…

Nous avons quitté la Bulgarie en traversant son grenier à blé. Des champs immenses à perte de vue. Pas facile de trouver un carré d’herbe pour y planter la tente. L’agriculture intensive occupe le moindre espace. Bien que nos mollets apprécient les pentes douces, nous sommes un peu nostalgiques de la chaleureuse ambiance paysanne des Rhodopes et du Balkan.

Peu de temps avant la frontière, nous croisons un cyclo suédois. Carte à l’appui, nous échangeons les bons plans sur la Roumanie et la Bulgarie. Il nous rassure sur la conduite roumaine et nous lui faisons éviter une route à camions.

Nous cherchons ensuite un endroit pour planter la « palatka ». En descendant un chemin agricole assez perdu, nous tombons sur deux voitures qui nous font signe de remonter dare-dare. Un peu plus loin, nous découvrons plusieurs plans sauvages de cannabis. On ne sait pas exactement ce qui se trafique à Ivanovo, mais ce n’est pas très net !

Le lendemain, sous un temps couvert, nous atteignons un pont de 4 km au-dessus du Danube pour entrer en Roumanie. Les passages de frontière sont toujours émoustillants. Il faut se mettre à une nouvelle monnaie, le lei, une nouvelle langue dans un alphabet latin (trop facile !), une nouvelle culture et tout ce qui va avec. Avant de reprendre la route, nous mangeons des mititei dans un boui-boui de Giurgiu. Ces petites saucisses nous donnent l’énergie de pédaler encore 40 km avant de poser la tente en surplomb de la plaine du Danube. Les villages traversés nous donnent rapidement la couleur du pays. Partout, sur le bord de la route, les gens discutent sur les bancs, nous saluent à grands coups de « buna ziua » et de « bun drum » (bonne route). Ici ou là, on entend de la musique entraînante. Les enfants roms nous tapent dans les mains quand on passe. Les poules, pintades, oies et dindons font leur vie sur les trottoirs en herbe. On partage encore la route avec beaucoup de charrettes. C’est super ! Certes, il y a des hordes de moustiques le soir et les routes en ciment sont un peu défoncées, mais on se sent drôlement bien, d’emblée.

Vendredi, c’est l’anniversaire d’Antoine. La journée commence par des trombes d’eau… On ne peut plus distinguer les trous dans la route et forcément, on tombe dedans. Tout en nous cramponnant au vélo, on rigole bien en traversant les rivières qui se forment sur le bitume. C’est l’aventure. Les innombrables villages de la plaine sont jolis, avec leurs maisons de toutes les couleurs. Nous apprenons à utiliser les puits pour nous ravitailler en eau. Elle est fraîche et ça fait du bien car entre deux radées, la température tourne autour des 30 degrés. On découvre aussi le climat continental…

Après avoir fait de grosses courses pour ce soir de fête, nous demandons à un fermier s’il a un endroit où nous pouvons planter la tente. Il nous emmène derrière sa maison où nous partageons le terrain avec des bébés pintades et des chiens. Vers huit heures, un collègue de notre hôte arrive : Florian, la cinquantaine. Il se met joyeusement à nous parler en italien, en roumain, en allemand et en français. Ce sera l’invité d’Antoine à sa fête d’anniversaire. Nous discutons jusqu’à minuit passé. Il nous apporte du fromage de ses chèvres, du miel, des bougies. Puis il nous passe son fils de Bucarest au téléphone, qui nous explique que nous sommes sans doute les premiers étrangers que rencontre son père. Au réveil, Florian nous apporte un petit déjeuner copieux. Il nous emmène ensuite dans sa maison pour le café. Au moment de nous quitter, il nous dit qu’il va pleurer quand nous serons partis. Résultat, c’est Catherine qui a les larmes aux yeux !

Nous continuons notre route dans le val du Teleorman, tout excités par cette première rencontre roumaine. Il fait très très chaud. Nous faisons une pause à l’ombre près d’un puits. Rapidement, un groupe se forme autour de nous. Nous discutons avec nos quelques mots de roumain et soudain, un papy sort un grand drapeau bleu jaune rouge de sa poche. Il nous l’offre et nous l’accrochons fièrement à côté de notre drapeau français. C’est la classe ! Nous reprenons la route de Pitesti et nous nous arrêtons manger une glace dans un magasin. L’orage éclate quand nous sortons sur la terrasse. Nous nous y installons en attendant et, là encore, un groupe se forme autour de nous. Des ados et un adulte, Gigi, qui ne veut pas qu’on dorme sous la tente. Il nous invite à passer la nuit dans sa maison, qu’il partage avec sa mère, Aurica. Nous acceptons volontiers et le suivons sur un chemin non goudronné. Arrivés chez lui, nous nous retrouvons dans une jolie ferme traditionnelle. Aurica est très heureuse de nous recevoir, c’est la première fois de sa vie qu’elle voit des voyageurs à vélo. Elle nous fait entrer dans son intérieur coquet, nous sert une ciorba au poulet, la soupe nationale, et une salade. Gigi va chercher ses jeunes voisins, Anna et Bogdan, qui parlent anglais. Ils nous servent de traducteurs, c’est drôlement pratique. Nous allons passer un bout de soirée chez eux. Le lendemain matin, après un verre de lait et une salade copieuse, Aurica nous installe devant la télé sur une chaîne de folklore roumain. Elle nous sert une énorme assiette de polenta sucrée. Nous sommes sur le point d’éclater quand elle arrive avec une autre assiette de maïs concassé…Elle nous propose aussi du vin, mais nous arrêtons là la politesse et nous refusons. Il est 8h30 tout de même !

Nous repartons à 10h30, repus, sous une chaleur torride. En milieu d’après-midi, enfin, l’orage éclate. Nous ne sortons même pas les affaires de pluie, trop heureux de nous rafraîchir. Nous sortons du val de la Teleorman pour rejoindre Ramniscu Valcea. La route devient un peu plus difficile, en up and down. Nous dormons sur un terrain de foot à la sortie de Vedea. Nous sommes contents de retrouver le calme de nos soirées sous tente, après deux jours bien mouvementés.

Hier lundi, sur la route qui longe le fleuve Olt, nous nous arrêtons devant une église couverte de fresques. Il y a du monde autour. Une dame, Maria, nous explique que c’est un jour saint pour les orthodoxes. Elle nous emmène dans l’église où elle demande l’autorisation au pope de nous laisser entrer. D’accord, mais si Catherine garde son casque de vélo sur la tête ! Nous suivons une procession jusque derrière l’autel, chose autorisée pour les femmes une seule fois par an. Les chrétiens font des bisous aux reliques. Maria nous dit de les imiter. A la sortie, le pope nous remet des bouts de tissus imprégnés de cire. Il faudra les faire brûler dans notre maison pour chasser les mauvais esprits. Maria, qui est mariée à un prêtre, nous invite ensuite à la suivre dans une autre église pour y prendre un repas. Nous lui expliquons que nous venons de pique-niquer, mais elle insiste. Alors c’est parti. Nous dégustons une excellente ciorba en compagnie des popes et de Maria. Nous finissons par reprendre la route à 4 heures de l’après-midi.

Après une dernière nuit de camping sauvage et neuf jours sans douche, nous décidons de nous trouver une chambre pour écrire ce post, faire une lessive et nous laver un coup.

Demain, nous retrouvons les montagnes avec la transalpina et son col à 1700 mètres… On espère y trouver un peu d’air frais.

Sur ce, on vous embrasse et on vous dit à la semaine prochaine, si on arrive à retrouver une connexion internet (ce qui n’est pas facile en Roumanie…).