Les Bicloucipédistes

Drum bun !

 

Buna ziua !

Que de caps, cette semaine ! Passage des 12000 km dans la plaine agricole bulgare, passage de la frontière roumaine à Roussé et, last but not least, passage des 31 ans de Toinou…

Nous avons quitté la Bulgarie en traversant son grenier à blé. Des champs immenses à perte de vue. Pas facile de trouver un carré d’herbe pour y planter la tente. L’agriculture intensive occupe le moindre espace. Bien que nos mollets apprécient les pentes douces, nous sommes un peu nostalgiques de la chaleureuse ambiance paysanne des Rhodopes et du Balkan.

Peu de temps avant la frontière, nous croisons un cyclo suédois. Carte à l’appui, nous échangeons les bons plans sur la Roumanie et la Bulgarie. Il nous rassure sur la conduite roumaine et nous lui faisons éviter une route à camions.

Nous cherchons ensuite un endroit pour planter la « palatka ». En descendant un chemin agricole assez perdu, nous tombons sur deux voitures qui nous font signe de remonter dare-dare. Un peu plus loin, nous découvrons plusieurs plans sauvages de cannabis. On ne sait pas exactement ce qui se trafique à Ivanovo, mais ce n’est pas très net !

Le lendemain, sous un temps couvert, nous atteignons un pont de 4 km au-dessus du Danube pour entrer en Roumanie. Les passages de frontière sont toujours émoustillants. Il faut se mettre à une nouvelle monnaie, le lei, une nouvelle langue dans un alphabet latin (trop facile !), une nouvelle culture et tout ce qui va avec. Avant de reprendre la route, nous mangeons des mititei dans un boui-boui de Giurgiu. Ces petites saucisses nous donnent l’énergie de pédaler encore 40 km avant de poser la tente en surplomb de la plaine du Danube. Les villages traversés nous donnent rapidement la couleur du pays. Partout, sur le bord de la route, les gens discutent sur les bancs, nous saluent à grands coups de « buna ziua » et de « bun drum » (bonne route). Ici ou là, on entend de la musique entraînante. Les enfants roms nous tapent dans les mains quand on passe. Les poules, pintades, oies et dindons font leur vie sur les trottoirs en herbe. On partage encore la route avec beaucoup de charrettes. C’est super ! Certes, il y a des hordes de moustiques le soir et les routes en ciment sont un peu défoncées, mais on se sent drôlement bien, d’emblée.

Vendredi, c’est l’anniversaire d’Antoine. La journée commence par des trombes d’eau… On ne peut plus distinguer les trous dans la route et forcément, on tombe dedans. Tout en nous cramponnant au vélo, on rigole bien en traversant les rivières qui se forment sur le bitume. C’est l’aventure. Les innombrables villages de la plaine sont jolis, avec leurs maisons de toutes les couleurs. Nous apprenons à utiliser les puits pour nous ravitailler en eau. Elle est fraîche et ça fait du bien car entre deux radées, la température tourne autour des 30 degrés. On découvre aussi le climat continental…

Après avoir fait de grosses courses pour ce soir de fête, nous demandons à un fermier s’il a un endroit où nous pouvons planter la tente. Il nous emmène derrière sa maison où nous partageons le terrain avec des bébés pintades et des chiens. Vers huit heures, un collègue de notre hôte arrive : Florian, la cinquantaine. Il se met joyeusement à nous parler en italien, en roumain, en allemand et en français. Ce sera l’invité d’Antoine à sa fête d’anniversaire. Nous discutons jusqu’à minuit passé. Il nous apporte du fromage de ses chèvres, du miel, des bougies. Puis il nous passe son fils de Bucarest au téléphone, qui nous explique que nous sommes sans doute les premiers étrangers que rencontre son père. Au réveil, Florian nous apporte un petit déjeuner copieux. Il nous emmène ensuite dans sa maison pour le café. Au moment de nous quitter, il nous dit qu’il va pleurer quand nous serons partis. Résultat, c’est Catherine qui a les larmes aux yeux !

Nous continuons notre route dans le val du Teleorman, tout excités par cette première rencontre roumaine. Il fait très très chaud. Nous faisons une pause à l’ombre près d’un puits. Rapidement, un groupe se forme autour de nous. Nous discutons avec nos quelques mots de roumain et soudain, un papy sort un grand drapeau bleu jaune rouge de sa poche. Il nous l’offre et nous l’accrochons fièrement à côté de notre drapeau français. C’est la classe ! Nous reprenons la route de Pitesti et nous nous arrêtons manger une glace dans un magasin. L’orage éclate quand nous sortons sur la terrasse. Nous nous y installons en attendant et, là encore, un groupe se forme autour de nous. Des ados et un adulte, Gigi, qui ne veut pas qu’on dorme sous la tente. Il nous invite à passer la nuit dans sa maison, qu’il partage avec sa mère, Aurica. Nous acceptons volontiers et le suivons sur un chemin non goudronné. Arrivés chez lui, nous nous retrouvons dans une jolie ferme traditionnelle. Aurica est très heureuse de nous recevoir, c’est la première fois de sa vie qu’elle voit des voyageurs à vélo. Elle nous fait entrer dans son intérieur coquet, nous sert une ciorba au poulet, la soupe nationale, et une salade. Gigi va chercher ses jeunes voisins, Anna et Bogdan, qui parlent anglais. Ils nous servent de traducteurs, c’est drôlement pratique. Nous allons passer un bout de soirée chez eux. Le lendemain matin, après un verre de lait et une salade copieuse, Aurica nous installe devant la télé sur une chaîne de folklore roumain. Elle nous sert une énorme assiette de polenta sucrée. Nous sommes sur le point d’éclater quand elle arrive avec une autre assiette de maïs concassé…Elle nous propose aussi du vin, mais nous arrêtons là la politesse et nous refusons. Il est 8h30 tout de même !

Nous repartons à 10h30, repus, sous une chaleur torride. En milieu d’après-midi, enfin, l’orage éclate. Nous ne sortons même pas les affaires de pluie, trop heureux de nous rafraîchir. Nous sortons du val de la Teleorman pour rejoindre Ramniscu Valcea. La route devient un peu plus difficile, en up and down. Nous dormons sur un terrain de foot à la sortie de Vedea. Nous sommes contents de retrouver le calme de nos soirées sous tente, après deux jours bien mouvementés.

Hier lundi, sur la route qui longe le fleuve Olt, nous nous arrêtons devant une église couverte de fresques. Il y a du monde autour. Une dame, Maria, nous explique que c’est un jour saint pour les orthodoxes. Elle nous emmène dans l’église où elle demande l’autorisation au pope de nous laisser entrer. D’accord, mais si Catherine garde son casque de vélo sur la tête ! Nous suivons une procession jusque derrière l’autel, chose autorisée pour les femmes une seule fois par an. Les chrétiens font des bisous aux reliques. Maria nous dit de les imiter. A la sortie, le pope nous remet des bouts de tissus imprégnés de cire. Il faudra les faire brûler dans notre maison pour chasser les mauvais esprits. Maria, qui est mariée à un prêtre, nous invite ensuite à la suivre dans une autre église pour y prendre un repas. Nous lui expliquons que nous venons de pique-niquer, mais elle insiste. Alors c’est parti. Nous dégustons une excellente ciorba en compagnie des popes et de Maria. Nous finissons par reprendre la route à 4 heures de l’après-midi.

Après une dernière nuit de camping sauvage et neuf jours sans douche, nous décidons de nous trouver une chambre pour écrire ce post, faire une lessive et nous laver un coup.

Demain, nous retrouvons les montagnes avec la transalpina et son col à 1700 mètres… On espère y trouver un peu d’air frais.

Sur ce, on vous embrasse et on vous dit à la semaine prochaine, si on arrive à retrouver une connexion internet (ce qui n’est pas facile en Roumanie…).

 

 

L’hospitalité, c’est pas du yaourt !

Dobar vetcher !

Ce soir, c’est le luxe. Après trois mois sans débourser un centime d’hébergement, nous nous offrons un petit hôtel dans le centre historique de Veliko Tarnovo. Avec balcon de bois et vue sur la rivière, s’il-vous-plaît ! Nous sommes plus qu’heureux d’être à l’abri, car ici il pleut des cordes.

Nous n’avons donc pas été dévorés par les ours des Rhodopes. Après vous avoir envoyé nos nouvelles, lundi dernier, nous avons fait quelques mètres à la recherche d’un campement dans Siroka Laka. Mais au moment de planter la tente, papy Kalin est arrivé. Il nous a fait signe de le suivre jusqu’à sa maison, au-dessus de la rivière. A l’intérieur, une petite chambre avec deux lits. Dobre !

Kalin ne parle pas l’anglais, mais les gestes sont  simples pour se faire comprendre. Nous passons une soirée bien rigolote en sa compagnie : concours de bras de fer, découverte du folklore national à la télé, oeufs cuisinés sur le poêle. Une fois de plus émus par l’hospitalité bulgare, nous repartons le lendemain matin en direction de notre col, Pamporovo. Après une bonne grimpette, c’est une station de ski fantôme que nous découvrons. Sacrément moche, mais enfin, nous y sommes. Les 80 kilomètres de descente tant attendus sont arrivés ! Nous nous laissons filer en direction de Plovdiv au milieu des sapins. Comme nous n’avons rendez-vous avec notre futur hôte que le lendemain, nous passons une nuit dans un pré en altitude. L’endroit idéal pour découvrir un apéritif local, le mastika. On dirait un peu de l’ouzo. Avec l’eau fraîche des fontaines bulgares,  ce n’est pas mauvais.

Nous arrivons à Plovdiv en empruntant une route de plaine assez angoissante. Les camions nous frôlent à grande vitesse, nous serrons les fesses. En arrivant dans la grand-ville après plusieurs jours de montagne, nous sommes un peu perdus. Nous trouvons refuge dans un petit resto populaire où Antoine se régale avec des tripes et de la langue de veau.

Nous avons rendez-vous avec notre hôte Kostadine à la gare. Il nous emmène dans son appartement qu’il partage avec sa mère et sa grand-mère. Nous prenons une bonne douche avant de partir à la découverte de la plus vieille ville d’Europe. C’est un curieux mélange des genres: des Thraces aux Ottomans, en passant par la Renaissance bulgare et la période communiste. L’ensemble est cela dit très harmonieux. Nous retournons dans notre quartier à la nuit tombée. Kostadine nous raconte qu’il a passé trois mois à Lyon cet automne. Il a dormi à la rue dix jours, puis au foyer Notre-Dame-des-Sans-Abri, avant de trouver un logement grâce à un site de couchsurfing. Sa vie très précaire en Bulgarie lui donne envie de repartir. Nous le reverrons probablement en France un jour ou l’autre, et c’est tant mieux ! Nous pourrons lui rendre la pareille, où que nous soyons.

Nous repassons une journée dans Plovdiv avant de nous diriger vers le massif du Balkan. Là aussi, de beaux cols nous attendent. Mais nous commençons par une plaine. Au moment du pique-nique, un ado vient nous voir. Il ne parle pas anglais. Il revient cinq minutes plus tard avec un sac rempli de fraises. Nous sommes touchés.

Nous traversons un village, Rakovski, où tout le monde nous salue et nous klaxonne. Les anciens comme les jeunes font du vélo sur les routes un peu délabrées. C’est de la folie, on adore. A la sortie du bled, nous découvrons une piste cyclable. On n’en a pas vu depuis l’Italie !

Le soir, nous trouvons un chouette campement au pied des montagnes. Nous savons qu’une longue côte nous attend au réveil. Et effectivement, quelle montée… Nous arrivons au sommet trempés de sueur. Heureusement, la descente est à la hauteur de nos espérances et nous nous laissons glisser jusqu’à la vallée des roses, où nous ne croisons pas une seule rose… Nous dormons à quelques kilomètres de Shipka. Des ados nous tournent autour, curieux de nous voir monter la tente sur leur terrain de jeu. Ils nous ramènent cinq branches pleines de cerises. Décidément en Bulgarie, toutes générations confondues, les gens sont sympas.

Le lendemain, après un col à 1200 mètres, nous hésitons sur la route à prendre. On nous a parlé d’un monument communiste impressionnant à douze kilomètres de là, Buzludza. Ce qui fait un détour de 24 km au total. Mais ça a l’air incroyable, alors nous nous lançons. Prudemment, nous demandons tout de même à un monsieur l’allure de la route. Il nous assure que c’est plat. Bizarrement, ça commence par une pente assez raide sur un kilomètre. Puis une longue descente. Puis une autre montée. Après huit kilomètres, nous n’en pouvons plus. Une voiture passe, à tout hasard, nous levons le pouce. Kalin et son épouse Boppy nous emmènent gentiment au spomenik, à 1500 mètres de hauteur. C’est un lieu hallucinant qui, sans aucun doute, méritait le détour. Une espèce de vaisseau spatial en béton armé au sommet d’une montagne. Complètement délabré, il ne peut malheureusement pas se visiter.

Le coquin qui nous avait dit que c’était plat a la malchance d’être là au moment où nous repassons par le col. Catherine lui passe une avoinée qui vaudra pour tous ceux qui nous ont affirmé, à tort, que la route était “plate”.

La journée a été rude pour les mollets. Nous finissons par une énième montée en direction de Tryavna puis, épuisés, nous plantons la tente au milieu du col.

Ce matin, nous avons fini l’ascension jusqu’à Tryavna, une très jolie ville où nous avons visité un musée de sculpture sur bois. Nous avons ensuite pédalé jusqu’à Veliko Tarnovo, d’où nous ne sommes plus qu’à cent kilomètres de la Roumanie.

Sur ce, on vous embrasse. A la semaine prochaine !

 

 

 

Dobar den !

 

Salut à tous !

Ouf, nous avons fini par la franchir, la frontière grecque, après trois mois de péripéties dans ce beau pays. Nous étions tous les deux assez émus au moment de dire un dernier “yassas” au douanier.

Nouveau pays donc : la Bulgarie.  Il a d’emblée fallu nous initier à l’alphabet cyrillique pour déchiffrer les panneaux. Certaines lettres, heureusement, ressemblent à leurs voisines grecques. Mais pas toutes. Il faut bien faire travailler notre cerveau pendant ces vacances prolongées…

Après une belle première descente  jusqu’à Gotse Delchev, nous avons décidé de commencer notre périple par la  chaîne de montagne des Rhodopes,  d’ouest en est.  Allez hop, on y va, en route pour 4000 mètres de dénivelé ! Nous avons attaqué par un col aller-retour à 1100 mètres d’altitude pour visiter le village de Kovachevitsa. Sur la route, dans le hameau de Lechten, une petite chienne s’est mise à remuer la queue en nous voyant arriver. Au lieu de nous aboyer dessus, elle a entrepris de nous suivre. Amusés au début, nous avons réalisé ensuite qu’elle nous adoptait, purement et simplement. Elle nous protégeait contre les autres chiens errants, nous attendait quand nous faisions des courses , aboyait sur les voitures qui nous dépassaient. C’était totalement déconcertant. Nous qui ne sommes pas fanatiques des chiens, après une journée passée en sa compagnie, nous étions tellement gagas que nous l’avons baptisée Sylvie Vartan, en hommage à la chanteuse d’origine bulgare. Elle a même eu droit à une petite ration de saucisses le soir au camping.

La pluie se mettant à tomber sur la fin de notre ascension, nous avons demandé à un couple de planter la tente sur son terrain, idéalement placé face aux gorges. Sans hésiter une seconde, Fatma et son mari nous ont montré un emplacement parfait. Ils nous ont ensuite invités à nous réfugier sous leur cabane de jardin. Nous avons joué à “Dessiner c’est gagné” pendant une bonne heure, ce qui nous a permis d’enrichir notre vocabulaire bulgare. Puis ils sont rentrés chez eux, dans leur village pomak, à deux kilomètres de là. Oui car nous sommes au cœur de la région des Pomaks, des Bulgares islamisés pendant l’empire ottoman. A la place des églises orthodoxes, ce sont donc des mosquées que nous découvrons dans les endroits habités.

Le lendemain, sous le soleil et toujours avec notre mascotte Sylvie, nous avons fini notre raidillon jusqu’à Kovatchevitsa. Nous y avons dégusté quelques grillades et un yaourth, bien sûr, avant de profiter de la longue descente vers la vallée. Sylvie n’a plus voulu nous suivre, elle est restée avec les siens. Les adieux n’ont pas été trop déchirants car elle avait trouvé une belle terrasse au soleil pour se délasser.

Les quinze kilomètres de descente sont passés vite. Nous n’avons pas tardé à pousser sur les pédales pour affronter un nouveau col. Comme en Albanie, nous partageons ici la route avec des charrettes tirées par des ânes ou des chevaux. Il y a énormément de monde au travail dans les champs, l’agriculture n’étant pas mécanisée. Il y a aussi beaucoup d’ouvriers qui taillent des pierres à la main sur le bord de la route. Nous ne sommes jamais vraiment seuls.

Nous étions donc en pleine montée dans la forêt quand soudain, nous avons cru entendre des bruits de percussions. Nous regardions partout autour de nous, rien. Nous avons continué jusqu’à un un virage où nous avons vu attablés une dizaine de gaillards. Ils nous ont fait signe de nous joindre à eux. Hop, deux bières, une assiette de riz et de viande. Ils nous expliquent qu’ils sont chasseurs et que l’un d’eux vient de tuer un cerf. C’est donc la fête et nous avons la chance inestimable d’y être invités. Deux tziganes jouent de la flûte et de la percu. Les chasseurs, eux, dansent, boivent et chantent. Pas de femmes dans les parages… Le plus ancien, maître des lieux, nous invite à le suivre vers une grande maison en chantier. A l’intérieur, il ouvre une petite chambre impeccable, digne d’un hôtel. Il coupe du bois pour nous chauffer l’eau de la douche… En deux jours, nous n’en finissons pas de nous extasier sur l’hospitalité bulgare. Le mot que nous maîtrisons le plus, c’est “blagodaria”, merci.

Dimanche, à 9h, nous décollons pour affronter la suite de la pente. Nous essuyons un bel orage en atteignant Dospat, un village à 1300 mètres de hauteur. Mais la route est magnifique et nous continuons l’effort jusqu’à 5h, au moment de trouver un emplacement de camping idéal, blotti dans une petite vallée verte coupée par un ruisseau. Nous y passons une longue nuit de dix heures, histoire de nous remettre de la chouille de la veille.

Hier lundi, nous avons voulu nous détourner de la route pour monter jusqu’à l’œil de l’aigle, un point de vue à 1590 mètres sur toutes les montagnes du coin. Nous savions qu’une montée à 15 % sur deux kilomètres nous attendait. Au moment de prendre cette route, nous croisons deux hommes assis sur un banc. Ils nous montrent leur 4×4 sur lequel est écrit “orloko ovo”, l’œil de l’aigle. Nous comprenons qu’ils y mènent les touristes. Corrompus par une certaine fatigue, nous leur demandons à tout hasard le prix. Six levs (3 euros) pour deux.  Malgré nos bons principes écolos, nous sommes soudain tentés par l’appel du moindre effort. Nous acceptons donc, après leur avoir fait répéter le tarif trois fois et même dessiner au sol. La montée est vraiment raide et nous hallucinons sur les chemins que prend le chauffeur. Nous sommes bien secoués au moment d’arriver au sommet, et tout penauds d’avoir contribué à bousiller la montagne. A l’arrivée, nous n’éprouvons aucune satisfaction, juste de la gêne. Nous faisons un tour au point de vue vertigineux, envahi par d’autres blaireaux qui, comme nous, ont posé leur derrière dans un véhicule tout-terrain. Puis nous redescendons jusqu’à notre vélo, en nous disant intérieurement que le prix de la course est décidément très faible… A l’arrivée, Catherine tend six levs au chauffeur. En Bulgarie, pour dire non, ils inclinent la tête de haut en bas… Notre ami fait donc ce geste et nous le comprenons, hélas. Il nous explique que ce n’est pas six levs, mais soixante au final… ! L’arnaqueur. Nous sommes coincés. Nous finissons par lui donner 30 levs, notre budget maximal pour une journée, englouti dans une virée en 4×4. Abrutis que nous sommes. Après avoir juré tout ce que nous pouvions de retour sur le biclou, nous en concluons que nous venons d’essuyer une bonne leçon. Nous sommes tellement honteux que nous avons même hésité à vous raconter cet épisode. Mais bon, si ça peut vous faire rire, alors tant pis pour notre honneur !

Après cette mésaventure, nous avons rejoint Devin, ville de l’eau minérale, où nous sommes allés nous détendre dans les eaux chaudes d’une piscine thermale en plein air. Nous avons campé non loin de là et ce matin, nous avons attaqué la dernière longue montée avant la station de ski Pamporovo. Après ce dernier col à 1500 mètres, une descente de 80 kilomètres nous attend jusqu’à Plovdiv. Youpi!

Nous allons dormir au milieu des ours ce soir, brrr… Si vous n’avez pas de nouvelles de nous dans une semaine, inquiétez-vous!

Des bises et à bientôt !

 

 

 

En peloton

Salut la compagnie !

Antoine joue au tavelli avec Russel, Jake récolte de l’ail sauvage sur la plage, nous n’allons pas tarder à monter le campement et cuisiner une copieuse  carbonara. Eh oui, pour la première fois du voyage, nous partageons notre routine avec deux autres cyclo-voyageurs. Des British ! Mais avant de faire les présentations, reprenons le fil de notre périple.

Nous avons fini par quitter le chaleureux camping de l’île d’Eubée pour poursuivre notre route vers le nord de la Grèce. Epuisés par notre dernière soirée caravane, nous avons planté la tente à Glyfa très tôt, histoire de nous offrir une longue nuit de récupération. C’était sans compter un concert exceptionnel de bouzouki sur le port, jusqu’à quatre heures du matin. Nous sommes repartis sur les routes du continent avec des valises sous les yeux…

Entre montagnes et plaines, nous avons tout de même filé jusqu’à Larissa où, par chance, nous avons croisé le chemin de Yannis. Hôte warmshower populaire, il attendait là deux cyclistes anglais pour les emmener faire le tour du mythique Mont Olympe. Voyant que nous n’étions pas du genre pressés, il nous a proposé de nous joindre à l’expédition. Sans hésiter une seconde, nous avons accepté. Départ lundi matin pour un col à 1300 mètres d’altitude. Nous étions prévenus, il allait falloir pousser fort sur les pédales pour nous approcher de la demeure des Dieux grecs. Encouragés par l’énergie du groupe, nous avons atteint le sommet après de longues heures de raidillons sous un soleil de plomb. Pour nous récompenser, Yannis est allé acheter d’énormes saucisses et des côtes de porc dans une taverne. Nous les avons grillées sur un beau feu de bois dans la forêt. Le deuxième jour, nous avons tous savouré la longue descente dans la vallée. Notre biclou a passé le cap des 11000 km à quelques encablures du campement. Sous des arbres multi-centenaires, nous avons encore veillé tard en tentant d’épuiser les sujets de conversation liés au voyage à vélo. Mission impossible.

Le lendemain matin, nous avons repris la route pour nous rendre chez Yannis à Elassona. Avant la douche tant attendue, nous avons fait un petit crochet par un bar à tzipouro, le pastis local. Ici, lorsque vous commandez du tzipouro, le patron vous offre à manger. Après trois tournées, nous étions bien repus !

Nous avons quitté Yannis jeudi matin pour reprendre notre chemin, direction la Bulgarie. Jake et Russel, eux, se dirigeaient vers la Turquie. Motivés par les jours précédents, nous avons décidé de pédaler et camper ensemble jusqu’à Kavala, où ils continueront vers l’est, et nous vers le nord. Depuis quatre jours maintenant, nous partageons notre quotidien et c’est drôlement stimulant. Agés de 22 et 23 ans, nos amis anglais nous impressionnent par leur maturité. Ils se sont embarqués dans un tour du monde en trois ans. De quoi nous faire rêver… Mais non, même si le cœur nous en dit, nous ne les suivrons pas ! Nous avons bien trop hâte de vous revoir en chair et en os.

Sur ce, on vous embrasse. A la semaine prochaine.

C’est reparti !

 

Yassas !

La carte autour du cou, un vélo flambant neuf, des mollets frais comme des gardons, nous voilà repartis sur les routes après deux mois de pause. Et même si nous avons bien profité de notre arrêt au stand, nous ne sommes pas fâchés de retrouver le bitume.

Nous avons naturellement versé notre petite larme, samedi, au moment de dire aurevoir à Poncho. Difficile de trouver les mots pour remercier notre “cabron” préféré de son incroyable hospitalité. Nous espérons de tout coeur lui rendre la pareille un jour en France.

Notre dernière semaine à Athènes est passée très vite, entre soirées festives et préparatifs du nouveau départ. Fidèles à la tradition, nous sommes allés défiler le 1er mai avec nos camarades grecs. Au regard de la dramatique situation sociale du pays, nous nous attendions à une forte mobilisation, mais ce n’était pas plus impressionnant que cela. Seule la démesurée présence policière témoignait d’une certaine tension. Les manifestants, eux, étaient plutôt détendus.

Côté touristique, nous avons pris le temps d’aller faire un tour au merveilleux musée des Cyclades. Sur l’antiquité, c’est assurément le plus passionnant de la ville.

Enfin samedi, nous sommes allés récupérer notre bon vieux biclou chez Stathis, notre vélociste sur place. Méticuleux, il nous a rendu un vélo brillant de mille feux. Maintenant, nous croisons les doigts pour que tout cela tienne le coup.

Nous étions assez émus, dimanche, au moment de remonter en selle. Direction…la France ! Eh oui, il est temps d’amorcer le retour. Il nous reste une sacrée distance à parcourir: un peu plus de 3000 kilomètres.

La sortie de la métropole s’est faite très facilement. Nous avons suivi la célèbre route de Marathon, puis nous avons bifurqué pour prendre un ferry et rejoindre ainsi l’île d’Eubée. Très longue, elle nous permet de monter vers le nord en évitant l’autoroute du continent.

Nous avons remarqué un changement notable dans l’attitude des automobilistes depuis que nous avons accroché un petit drapeau français sur les sacoches. On se fait saluer, klaxonner, arrêter pour discuter ou boire un coup. Comme quoi, c’était vraiment notre dégaine d’Allemands qui nous faisait du tort en Grèce. Angela Merkel et ses compatriotes n’ont pas, mais alors pas du tout la cote ici.

Bref, rien qu’hier, nous sommes tombés dans deux embuscades. La première, en haut d’un col, en plein cagnard. Un type a surgi d’une taverne pour nous empresser de l’y rejoindre. En trois secondes, il y avait deux verres de bière sur la table, des saucisses, du pain et des tomates. Nous avons entamé un ahurissant dialogue en grec avec les piliers du comptoir. La patronne a glissé deux croissants fourrés dans notre besace. Cette halte était fort sympathique, mais la fin de journée dans les montagnes un peu rude ! Au moment de rejoindre la mer, nous nous sommes arrêtés à côté d’un camping. Un grand monsieur prénommé Ilias nous a proposé de dormir gratuitement à côté et de venir prendre une douche si nous le souhaitions. On ne pouvait rêver mieux ! Après nous être rafraîchis, voilà qu’arrive notre deuxième embuscade. Ilias et son ancienne épouse, Voula, nous invitent à manger avec eux. Autour de la table où le κρασί coule à flot, se joignent à nous Stathos et Stelios, deux autres caravaniers. La radio joue de la musique grecque et soudain, l’animateur reprend la parole. Nous entendons “Catherine et Antoine” au milieu des prénoms de nos hôtes ! Nous pensons à une hallucination, mais Voula nous explique qu’elle a appelé la chaîne pour une dédicace. Maintenant, il faut danser sur la chanson qu’elle a commandée. Allez hop, en piste! Stelios finit par sortir la guitare et nous chantons jusqu’à une heure du matin. Il nous interprète un magnifique morceau de Moustaki en grec.

Toutes ces rencontres imprévues font la beauté de notre voyage et nous donnent l’énergie de continuer à pédaler. Bon, certes, aujourd’hui, Voula n’a pas voulu nous laisser repartir sans que nous ayons goûté à son pastitsio. Ce n’était pas au programme, mais nous ne sommes plus à un jour près !

D’ailleurs, elle nous appelle pour passer à table. Il est temps de vous laisser. Bonne fin de semaine et à bientôt!

Sur l’île de Pâques

 

Kalimera !

Ouh la la, ça fait une paie qu’on ne s’est pas attablés pour vous faire parvenir quelques nouvelles. Et pourtant, histoire de combler l’attente des pièces du vélo, nous en avons fait des choses.

D’abord, Poncho et Herman nous ont extirpés d’Athènes pour aller “travailler” à Pachamama, une terre qu’ils cultivent et sur laquelle ils fabriquent de drôles de maisons. Nous y avons passé deux jours tranquilles sous le soleil, à désherber et à peindre.

Nous sommes retournés ensemble à la ville, où nous avons fini par nous rendre à l’évidence. Il manquait un petit détail à notre séjour athénien: l’Acropole… Quinze jours dans la capitale et nous n’avions pas encore mis les pieds dans l’endroit le plus visité de la ville. C’est chose faite ! En faisant abstraction des touristes (nous compris) et de l’énorme chantier des travaux de restauration, c’est un lieu fort émouvant.

Poncho est ensuite parti en voyage à Barcelone. Habitués à son amicale présence, nous avons eu l’impression de nous retrouver tout seuls. Ni une ni deux, nous avons plié sacoches pour aller nous promener dans les Cyclades, sur l’île paradisiaque de Serifos, à 5 h de navigation d’Athènes. Dur dur la vie !

Le bateau partait du Pirée un vendredi à 7 h du matin. Réveillés à 4h, nous avons pu prendre le premier métro avec le biclou que nous avons poussé dans les escalators. C’était sportif. Nous avons réussi à trouver notre pont d’embarquement sur l’immense port d’Athènes, d’où nous avons pu admirer le lever du soleil. Malgré la fatigue, nous nous sentions ravigotés par cette nouvelle aventure qui commençait.

A peine arrivés sur l’île aux reliefs inquiétants pour nos mollets atrophiés, nous avons fait la rencontre d’un sympathique couple de Bretons, Chantal et Joël, que nous avons recroisés plusieurs fois dans des lieux improbables. Ils faisaient le tour des Cyclades et ils exploraient les îles en marche et en stop. Courageux! Nous, fidèles à nos habitudes, nous avons commencé par nous poser dans un troquet pour boire un café frappé. Nous avons atterri sans le savoir dans le bar le plus sympa de l’île, chez Dimitri. C’est un autre Français (Nicaraguayen-chinois et Italien!), Louis, qui nous l’a appris quelques minutes plus tard. Nous nous sommes rapidement liés d’amitié et nous avons fini la soirée ensemble sur la plage de Livadakia, où nous avions élu domicile, juste à côté du camping (par chance fermé).

Le lendemain, jour de Pâques, nous avons décidé de grimper jusqu’à Chora, le grand village blanc et bleu de Serifos, perché sur un éperon rocheux. Nous avons parcouru, émerveillés, les ruelles en escaliers au milieu des petites maisons et églises cycladiques. C’était tellement beau qu’on avait besoin de se pincer pour voir si on n’était pas en train de rêver ! Louis nous a ensuite rejoints pour une randonnée jusqu’à l’un des sommets de l’île. Là aussi, il fallait se pincer. Nous avons attendu minuit pour assister à la traditionnelle messe orthodoxe de Pâques. C’est la fête la plus importante en Grèce, bien avant Noël. Toute l’assemblée, nous y compris, avait des bougies que le pope a allumées à minuit. Après cette journée riche en découvertes, nous sommes redescendus de nuit jusqu’à Livadi.

Nous avons ensuite passé quelques jours de farniente au village et sur la plage. Puis nous avons fini par nous lancer dans le tour de l’île. Mais avant, Louis et sa sœur Olivia nous ont embarqués chez eux en scooter et en quad pour prendre une bonne douche. Et ça nous a fait le plus grand bien !

A peine embarqués sur la route du nord, nous avons dû descendre du vélo pour le pousser dans les montées. Finalement, la marche, ça nous plaît aussi. Bon, il faut se coltiner 65 kg de bagages et de biclou, mais c’est le prix de l’autonomie. Car sur le reste de l’île, point de magasins. Quelques tavernes ça et là, rien d’autre. Conseillés par Olivia, nous sommes descendus à l’une d’entre elles, sur la plage de Plati Gallo. Nous y avons fait un bon gueuleton avant de chercher un endroit où camper. L’aubergiste nous a conseillé une plage au bout d’un sentier. Et là, nous sommes de nouveau tombés par terre face à la beauté du lieu. Oui on sait, on s’emballe, mais faut le voir pour le croire ! Une plage déserte cernée de rochers, une eau transparente et turquoise, un sable presque blanc et, le mieux, du bois pour faire un grand feu ! Munis de nos carnets de chants concoctés par la frangine Marie, nous y avons passé une soirée inoubliable. Le lendemain, envoûtés par le lieu, nous avons décidé de rester une journée de plus à jouer les Robinson. Antoine a fabriqué une grande poubelle en bambou et a vidé la plage de ses bouteilles en plastique. On enverra la photo à Nicolas Hulot 😉

Nous avons bien sûr fini par quitter ce petit coin de paradis pour explorer le reste de l’île. En commençant par une énorme grimpette d’une heure pour rejoindre la route. Argh, nous avons bien transpiré. Arrivés en haut, nous avons repris le biclou pour nous rendre à un monastère tarxiaque. En croisant le pope qui nous ignore royalement, nous tentons une approche: “Milate anglika?” (parlez-vous anglais). “Ochi, mono ellinika” (Non, seulement grec), nous répond-t-il d’un ton glacial avant de rentrer dans le saint lieu. Comme le rustre cureton n’a pas fermé la porte derrière lui, nous nous glissons à l’intérieur du monastère et nous faisons bien. C’est une magnifique bâtisse blanche fortifiée.

Nous reprenons la route entre vallons et montées jusqu’au col, d’où nous nous laissons joyeusement glisser jusqu’à Mega Livadi, un ancien village de mineurs. Serifos avait autrefois un important gisement de fer. Tout a été laissé dans son jus, à l’abandon, depuis les années 60. En nous promenant, nous tombons sur des petits charriots rouillés et des entrées de mines. Les toiles d’araignées ont envahi le sentier, l’ambiance est étrange.

Nous dormons sur le port avant de remonter, le lendemain, en poussant de nouveau le vélo jusqu’à la route. En arrivant dans la baie de Koutalas, nous tombons sur un énoooorme yacht. Nous sommes convaincus que c’est celui d’une star, peut-être Brad Pitt. Nous observons, fascinés que nous sommes, le va-et-vient des riches sur leur drôle de monture. Puis nous continuons, idiots de pauvres, à pousser notre biclou sur la route, sous un soleil accablant.

Notre petit tour est terminé et ces petites vacances dans les vacances aussi. Nous apprenons qu’un bateau part pour Athènes dans l’après-midi. Sans avoir le temps de dire au revoir à Louis et sa famille, nous quittons l’île onirique. Quand on arrive en ville (les gens changent de trottoir), le bruit et l’odeur nous font une drôle d’impression. Nous arrivons à nous hisser dans le métro jusqu’à Monastiraki. Mais là, nous réalisons qu’il va falloir rentrer chez Poncho et Herman à vélo. Malgré le flot des bagnoles, la traversée d’Athènes by night se fait sans heurts. Nous sommes fiers de retrouver le chemin de la maison. Mais en arrivant, personne. On regarde nos mails et Poncho nous explique qu’ils sont partis jusqu’à demain. Heureusement, la porte est ouverte. Nous montons sur le toit, une terrasse, et nous y installons la tente. L’un de nos campings les plus insolites !

Aujourd’hui, nous avons retrouvé les copains. Nous avons aussi reçu LE mail tant espéré. Nos pièces sont arrivées !!! Nous serons donc bientôt de retour sur les routes 🙂

On vous embrasse tous bien fort. A la prochaine !

 

 

Athènes au Mexique

Hola !

Nous avons quitté la Grèce pour le Mexique sans prendre ni l’avion, ni le bateau. Depuis une semaine, nous vivons sous le toit convivial de Poncho et Hermann, près de la station de métro Katehaki, à Athènes. Nous y avons été accueillis d’emblée par une longue leçon de cumbia, une danse populaire mexicaine. Il a fallu dérouiller nos hanches pour les remuer en rythme. Pas facile !

Nous sommes ainsi passés  d’une vie campagnarde quasi monacale à la frénésie de la capitale. Première mission : trouver notre magasin de vélo pour y récupérer des colis. Les derniers numéros de La Décroissance (merci Vincent !), des chaussures neuves pour Catherine, quelques outils, mais toujours pas le précieux paquet qui comporte la jante et le pédalier… Nous voilà encore coincés. En guise de consolation, nous découvrons que nous ne sommes pas les seuls  dans ce cas. Nous faisons la rencontre, par l’intermédiaire du vélociste, d’une joyeuse famille de Français qui pédale en Europe en trikes. Leurs biclous étant aussi endommagés, Hélène, Manu, Léo et Malo sont bloqués depuis deux semaines à Athènes. Ils attendent également un ferry pour monter plus vite au nord de la Grèce. Nous les retrouvons à la station de métro Akropolis pour sillonner ensemble les quartiers populaires. Nous avons beaucoup à échanger sur le voyage à vélo, un sujet intarissable. Et leur folle équipée familiale nous inspire pour la suite 😉 Entre cafés frappés et yaourts glacés, nous passons de très belles journées en leur compagnie.

Vendredi soir, Poncho et sa copine Argentino-chilio-croato-grecque (!!) nous ont fait découvrir Athènes by night. Resto copieux puis dernier verre sur le toit d’un immeuble avec vue sur l’Acropole illuminée. Magique ! Nous prenons le dernier métro, bondé, pour rentrer dormir un peu. Le lendemain, rebelotte avec un excellent concert de musique latine.  Nous y retrouvons Vasiliki et finissons la soirée à 4 heures du matin. Nous ne sommes plus habitués à ce rythme fêtard et la fatigue se fait sentir… Dimanche, repos. Antoine arpente le musée archéologique pendant que Catherine reste à la maison pour dévorer son journal préféré. A propos de journal, pensez à acheter La Décroissance ce mois-ci (et les autres aussi). Nous y figurons à la page internationale, c’est le début de la renommée.

Il nous reste beaucoup de choses à voir dans la capitale grecque. L’Acropole, entre autres lieux incontournables. Mais ça tombe bien, a priori, puisque nous avons le temps… Eh oui, c’est notre devise du moment : faire contre mauvaise fortune bon cœur.

On vous embrasse et on vous dit à la prochaine !

 

 

 

Au boulot les feignasses !

 

Yassas !

On bêche, on sème, on arrose, on nourrit les abeilles, et on ne prend plus le temps de donner des nouvelles… Non, soyons honnêtes, nous ne travaillons pas si dur que ça. Quelques heures par jour, tout au plus, en échange du gîte et du couvert. Mais c’est qu’en six mois, nous en avons perdu l’habitude, pardi !

Vasiliki, notre hôte, est un sacré bout de femme. Dotée de nombreux talents, dont un qui fait notre plus grand bonheur : la cuisine. Nous sommes au régime vegan depuis maintenant deux semaines et, pas un seul instant, le fromage, la viande, les oeufs ou le lait ne nous ont manqués. Chaque jour, “Vaso” prend un malin plaisir à surprendre nos papilles. Ce dimanche, elle nous a littéralement bluffés avec sa moussaka. Il faut dire qu’avant d’être apicultrice, elle était cuisinière  sur une île grecque. Pour une première expérience de woofing, nous sommes donc bien tombés !

Nous sommes contents de faire une petite pause, car nous avons peiné avant d’atteindre Thisvi, son village. Nous avons enchaîné trois cols sur une route à camions : 30 km de montée sur une chaussée étroite et sinueuse. Quand les gros transporteurs nous doublaient, on avait bien peur de finir dans le fossé.

Mais nous sommes arrivés sains et saufs. Et depuis, malgré le “boulot”, nous sommes bien reposés. Nos journées suivent le rythme de Vasiliki. Le matin, après un solide petit déjeuner, nous nettoyons l’écurie d’Asteris, son cheval. Ensuite, en fonction des besoins, nous bêchons quelques heures, retirons les feuilles mortes, balayons la terrasse, cassons des amandes ou des arbres morts. A la pause, nous avons droit à un délicieux jus de fruits fraîchement pressés. Vers 15 h, nous passons à table. Nous faisons une petite sieste et nous retravaillons jusqu’aux alentours de 18 h.

Bref, la vie est paisible à la campagne. Nous sommes heureux d’avoir trouvé une excellente façon de tuer le temps en attendant nos pièces de vélo. Demain, nous attaquons la taille des oliviers. Cela devrait nous prendre cinq jours.

Et dans une semaine, nous partirons à Athènes, où nous avons enfin trouvé une solution d’hébergement. Ce sont deux amis de Vasiliki, un Mexicain et un Argentin, qui nous ont invités à rester chez eux tant que nous le voudrons. Chanceux, oui, nous sommes très chanceux.

On vous embrasse bien fort. A la prochaine pour d’autres nouvelles !

 

 

Au ralenti…

Kalimera !

Comme en témoignent nos sombres photos, le temps n’est pas au beau fixe en Grèce. Nous espérons chaque jour une éclaircie qui, pour l’instant, ne pointe pas le bout de son nez. C’est donc sous un ciel couvert que nous avons pédalé cette dernière semaine. Cela ne nous a pas empêchés de profiter des  visites de Mystras, une ancienne ville byzantine, et du splendide théâtre d’Epidaure où nous avons chanté “Les copains d’abord”. Peut-être que la pluie n’a pas cessé à cause de nous…Tant pis, on a bien ri !

Depuis Sparte, nous avons fait l’ascension d’un long col jusqu’à Tripoli, puis nous avons foncé en descente direction Paralio Astros, où nous attendait Giorgis, notre hôte warmshower. Tranquille, il nous a remis les clés de son appartement avec vue sur la mer. Nous y avons passé deux journées reposantes, à coups de tavelli et de lecture.

Nous sommes ensuite repartis en direction de Nafplio, “la ville de l’amour”, où nous avons posé notre tente entre deux forteresses sur la plage. Là-bas aussi, nous nous sommes arrêtés deux jours. Nous y avons croisé deux Français fort sympathiques, des artistes propriétaires d’une maison dans le Péloponnèse. Après avoir essayé le biclou, ils nous ont invités pour le café. Nous avons aussi refait le monde avec une autre Française, patronne d’un restaurant-bar où nous buvions nos cafés frappés.

Mais pourquoi glandons-nous autant, nous direz-vous ? Ce n’est pas de gaieté de cœur, franchement. Nous attendons les pièces de réparation du vélo qui doivent arriver à Athènes. Mais voilà. Elles ne sont toujours pas parties de Lyon. Donc nous attendons. Sachant que cela mettra au moins deux semaines, nous avons fini par trouver une solution pour patienter moins bêtement. Nous nous sommes inscrits sur le site de woofing HelpX. Nous allons donc passer dix jours à Thisvi, chez Vasiliki, une apicultrice confiturière. Cela nous permettra de nous immerger dans la vie quotidienne d’une Grecque tout en nous rendant utiles.

Il nous reste un col de 25 km à passer avant d’arriver chez elle. C’est au programme de demain. Ce soir, nous retournons dormir au camping de Kineta. La patronne nous laisse sa caravane, c’est le pied !

 

 

 

 

 

 

10 000 !

 

Yassas !

Le temps n’étant pas au beau fixe, nous nous accordons une journée de trêve à Sparte. Pour le prix d’un emplacement classique, le gérant du camping a ouvert une chambre pour nous, avec chauffage et électricité. Qui l’eut cru ? C’est le grand luxe chez les Spartiates !

Nous venons de franchir le cap des 10000 km et ça nous fiche un sacré vertige. D’autant plus que cette semaine, nous avons bien cru que le voyage allait s’arrêter net. Notre pédalier nous a lâchés dans l’ascension d’un col après Methoni. Crac ! Plantés. Au beau milieu de la montée, à 18 km du village le plus proche… Nous avons poussé le biclou sur quelques bornes avant de croiser une famille en 4×4. Nous leur avons expliqué la cause de notre déveine et sans attendre, la dame a pris son téléphone portable pour appeler un ami équipé d’un pick-up. Une heure plus tard, Panagiotis, notre sauveur, est arrivé au volant de sa Fiat blanche. Hop ! On a mis le vélo dans le coffre et il nous a amenés jusqu’à Koroni, où sa femme Dora avait mijoté un excellent repas pour nous. C’est donc ça, la philoxenia !

Restait à rejoindre Kalamata, la plus grosse ville alentour, pour trouver un vélociste. Nous avons tenté le bus, sans succès. Panagiotis nous a une seconde fois sauvé la mise en embarquant le vélo dans son pick-up, pour 50 km. Même pas moyen de lui payer l’essence…

Mais une fois à Kalamata, nous n’étions pas encore tirés d’affaire. Le premier magasin de vélos sur lequel nous sommes tombés était bien piteux. L’employé y allait à coups de marteau et de burin pour démonter le pédalier. Tout ça pour nous dire que la réparation était impossible et que nous ne trouverions jamais les pièces de rechange en Grèce. Bon. Nous avons erré à la recherche d’un autre vélociste et nous sommes tombés cette fois sur un type compétent. En moins d’une heure, il avait réparé la bête. Nous sommes repartis soulagés sur notre fidèle destrier, en direction des montagnes du Magne.

Trop heureux de pouvoir pédaler, nous avons avalé sans broncher la montée de 20 km qui nous séparait de Kadarmily, village où nous avions rendez-vous avec notre hôte warmshower. Adrian, 40 ans, est américain. Il vit en Grèce depuis quelques mois. Nous sommes restés deux jours en sa compagnie et celle de sa chatte Pipi, un sosie de notre petite Pitoune. Nous avons passé des heures à parler de vélo, de voyage, de philosophie. C’était vraiment agréable. Adrian nous a fait un beau cadeau en nous apprenant les règles du tavelli, le grand jeu national grec. Idéal pour tuer le temps. A fond dedans, nous en avons acheté un miniature. Pour l’instant, Antoine gagne à tous les coups. Mais Catherine s’accroche et ne désespère pas. Un jour, elle l’aura, sa revanche !

Après cette pause détente à Kadarmily, nous avons passé deux sérieux cols. Le boîtier de pédalier présentant déjà un peu de jeu, nous avons décidé de couper les montagnes pour sortir de cette région si jolie. Nous avons atterri à Githio, ville où Aube Dorée, le parti fasciste, a pignon sur rue…A l’abri des regards indiscrets, nous avons planté notre tente sur une petite île reliée au port par un pont.

Hier, nous avons pédalé toute la journée sous la pluie afin d’atteindre Sparte et surtout Mystra, un site historique qui promet d’être chouette. Nous le visiterons demain sous un ciel plus clément.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. On vous embrasse et on vous dit à la semaine prochaine !